​© 2015 Julie Romeuf

LES VILLES PIVOTEES

Les Villes Pivotées est une proposition artistique qui mêle intervention plastique, collaboration avec des habitants et narration fictionnelle à l’échelle de la ville.

 

Nous racontons aux habitants que leur village ou quartier va pivoter sur lui même d'environ un quart de tour.

 

Cette mystification vise à amener les habitants à imaginer leur quartier après qu’il ait subi une forte transformation, à en nommer les avantages et inconvénients avant et après cette rotation.

 

Une équipe de spécialistes du Bureau des évènements géotechniques singuliers intervient dans la ville pour informer les habitants et les préparer à cette rotation.

 

A quoi rêve un quartier quand il sait qu’il va pivoter ?
Interrogations devant la perte de repères ?
Excitation en attente de l’évènement ? Fierté ?
Nostalgie de la perte ou espoir face aux futurs possibles ?

 

Il y a le plaisir de croire et faire croire, celui du jeu, et le plaisir de rêver comment ce sera après.

 

Nous invitons à prendre de la hauteur, à imaginer la ville autrement.

Chaque habitant sera invité à concevoir, à s’impliquer, à réaliser cette rotation qui, si elle n’arrive pas concrètement, deviendra réelle dans l’imaginaire de chacun et dont les supports papier et vidéos constitueront des traces tangibles de l’évènement.

 

Plus que de faire croire, il s’agit d’amener une dimension fictive et absurde dans l’appréhension de la ville, de vivre une aventure avec les habitants, qui décale la perception et fait pivoter la réalité l’espace de quelques jours.

Création portée par Mathurin Gasparini et Julie Romeuf

Création 2012.

Distribution actuelle : Mathurin Gasparini, Julie Romeuf

Valréas (84) 2012
Durée d’intervention 12 jours / 2 intervenants
Festival La Valse des AS 
 

La rencontre des masses semi-liquides sous-terraines du mont Ventoux et de la Vallée du Rhône sous la ville de Valréas provoque une rotation de 69,2° Est le 9 septembre 2012 à 3h57 du matin.

 

Un premier repérage au mois de mai nous a permis de prendre contact avec les habitants, de faire entrer certains d’entre eux dans la complicité. Nous avons réalisé un premier film, avec leur concours, qui a rapidement été mis en ligne. Quand nous sommes retournés sur place au mois de septembre pas moins de 2000 personnes avaient vu la vidéo.

 

La rumeur courait, les habitants s’interrogeaient sur les possibilités d‘un tel chamboulement. Pendant toute la semaine d’intervention nous avons distribué des courriers dans les boites aux lettres, tenus des bureaux d’information, tracé le nouvel emplacement des rues, tenus des conférences de presse, fait paraître des vidéos, animé la page facebook.

 

Au cours de cette semaine nous avons collecté de nombreux témoignages sur les préoccupations des habitants face à de tels changements. Le rôle de médiateur des deux personnages a permis d’entretenir la fiction sans qu’elle soit anxiogène. Nous recevions de nombreux messages et appels téléphoniques, notre ligne était ouverte 24h/24h et 7jours/7.

 

Les habitants parlaient de la rotation à la boulangerie, dans les foyers, au supermarché. Ils s’interrogeaient sur l’après avec des questions très pratique concernant la circulation, les modifications et les contingences dues à la rotation. Cela a permis de faire ressortir ce à quoi ils étaient attachés (les platanes par exemple) et qu’ils n’avaient pas envie de perdre.

 

La ville de Valréas a pivoté de 69,2° Est le 9 septembre 2012 à 3h57 du matin.

 

Certains jeunes étaient dans les rues, nous les avons croisés, nous avons discuté avec eux, leur avons expliquer la mystification, sa démarche ses objectifs. Nous avons accroché un mot d’explication sur le tour de rotation remerciant les habitants pour leur participation et leur affirmant que notre démarche tenait à la confiance induite que nous avions en eux.

 

Les 5000 habitants de la ville de Valréas ont donc participé à cette rotation qu’ils soient jeunes ou vieux, via les réseaux sociaux ou les bureaux d’informations sur le marché quelle que soit leur catégorie socio-professionnelle et sans avoir l’impression d’être démarchés par une proposition culturelle. Le lendemain de la rotation nous avons partagé un moment convivial avec les habitants qui ont répondu à notre invitation de célébration de la nouvelle Valréas.

 

Plus d'information et plusieurs vidéo sur le site du Groupe ToNNe

 

 

 

 

Place Puget (Marseille) 2013
Durée d’intervention 12 jours / 4 intervenants 
Place à l’Art !
 

Compte tenu de l’existence de Marseille Provence 2013, l’idée nous est venue de faire pivoter la place de la Halle Puget sur un argument politique. L’attente des commanditaires se situait sur la valorisation de cette place par tous les usagers et une proposition de deux ateliers quotidiens avec des groupes préconstitués (MJC, chantier d’insertion etc.) sélectionnés par l’organisateur Les Têtes de l’Art.

 

Nous sommes venus faire deux courts repérages en amont pour rencontrer les structures participantes aux ateliers et confectionner un petit film avec diffusion sur Internet.

 

Nous avons imaginé plusieurs duo de personnages (les médiateurs, les techniciens, les politiciens, les présentateurs télé). Chaque duo disposait de ses propres tracts avec argumentaires assortis. Notre intervention prenait place deux mois avant ladite rotation (prévue pour 31 décembre 2013).

 

Chaque jour un duo de personnages est intervenu sur la place en complicité avec un groupe d’enfants, d’ados, d’adulte dans le cadre d’ateliers organisés par des structures professionnelles.

 

Ensemble nous avons distribué des tracts, tracé et nommé les rues à leur nouvel emplacement, dessiné la place après sa rotation, réalisé un épisode de « Puget la vie ». Cela nous a permis de nous infiltrer dans les commerces et les cafés du quartier, accompagnés d’habitants.

 

Tous ensemble nous avons donné vie à la rumeur. Chaque jour un petit film témoin était diffusé sur la page facebook.

 

Le samedi 26 octobre, un plateau télé était installé sous la Halle de la Place Puget pour présenter la Rotation prévue le 31 décembre.

 

Des télévisions disposées en arc de cercle retransmettaient les petits films créés pendant la semaine. Les dessins d’enfants étaient exposés sur la place. Toutes les heures un plateau de « direct » d’une vingtaine de minute permettait de faire un retour sur les événements forts de la semaine, d’inviter les participants et le public sur le plateau pour témoigner. La dernière intervention du plateau télé était la « révélation » de la mystification assortie d’explication et de débat avec les « téléspectateurs » de la place.

 

Suite à la révélation un long moment convivial qui clôturait la journée nous a permis de continuer à prendre le temps d’expliquer à chaque personne qui le souhaitait notre démarche et ses effets.

 

Ces temps conviviaux et informels sont ceux où l’intervention prend tout son corps, là où les usagers de la place ce sont le plus livrés et confiés sur ce que l’arrivée d’une transformation telle qu’une rotation aurait provoqué comme questions, comme désirs, comme craintes.

 

Plus d'information et plusieurs vidéo sur le site du Groupe ToNNe

Rôle et bilan

Quand Mathurin m’a invitée sur les Villes pivotées, il avait déjà procédé à la recherche du centre gravité de ville, notamment à Apt.

Avec ces complices, ils avaient effectués du traçage au sol au cordex à craie bleue.

Le résultat plastique bien que satisfaisant ne permettait pas aux usagers de la ville, aux habitants de se saisir de la proposition. Mathurin m’a proposée d’imaginer ensemble une fiction avec comme seule idée directrice la rotation. De là nous avons imaginé quantité de choses, essayé d’autres, créés des personnages, éprouvé des protocoles d’intervention, notamment en résidence à Valréas.

 

La fiction, le propos, la mise en œuvre, la réalisation, le résultat et la rencontre avec le public nous a paru parfaitement correspondre à nos attentes.

 

Cette proposition est adaptable, c’est ce que nous avons constaté avec la Place de la Halle Puget, mais aussi en répondant à d’autres appels à projets. La justification des raisons de la rotation change selon l’histoire, la géographie et l’actualité de la zone de rotation potentielle sur laquelle nous projetons notre fiction.

 

J’ai donc participé à la maturation de ces idées, créé des visuels, des interfaces graphiques, des outils pédagogiques, filmé, monté, tracé dans la rue, posté dans les boites aux lettres, tenu le bureau d’informations sur les marchés, les places etc.

J’aime cette proposition, sa pertinence, son impertinence. J’ai eu peu parfois de pousser trop loin les limites. Le résultat m’a toujours confirmé que nous étions bienveillant dans notre démarche, que nous sécurisions en bonne intelligence la démarche et qu’ainsi le « public » de cette intervention n’était pas malmené au-delà de ce qui pourrait être souhaité.

 

J’aime que nous soyons invisibles en tant qu’artiste et que l’œuvre le soit aussi. J’aime être tout a fait dépossédée de l’appropriation des habitants. J’aime qu’il y ait des discussions à la boulangerie et au PMU, dans les cuisines, sans que nous puissions en être témoin.

 

J’ai pu avec cette création faire le lien entre mes compétences de logistique, réalisation de vidéo, jeu d’acteur en improvisation. Cette création m’est, en cela, très proche.

 

Il nous est aujourd’hui très difficile d’être contractés pour cette création, à notre grand regret. La proposition paraît trop impertinente. Les programmateurs ne peuvent pas nous annoncer ni communiquer sur la création. Les changements de municipalité, de département ont rendu plus que frileux les éventuels commanditaires.

 

Je souhaite continuer à proposer cette création sans la rendre ni lisse, ni polie.

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